L’invention de la blockchain constitue pour Don Tapscott la nouvelle révolution technologique à même de révolutionner le monde des affaires et de transformer la manière d’aborder les organisations et nos institutions. En instaurant un nouveau protocole fondé sur la confiance, cette technologie offre de nouvelles possibilités en termes d’autonomie et désintermédiation.


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De l’Internet de l’information à l’Internet de la valeur

Le mobile, le cloud, le Big Data sont au cœur d’une première génération de révolution digitale qui a dessiné le monde tel que nous le connaissons. Pourtant, l’une des technologies les plus importantes de ces prochaines décennies est ailleurs. Pour Don Tapscott, il s’agit de la technologie cryptographique appelée blockchain, à même de « changer en profondeur les institutions et de créer un monde plus juste ». Durant les 40 dernières années, Internet nous a ouvert la possibilité de copier de l’information et de partager des contenus sous forme de texte, de musique, de vidéo… C’est ce qu’il appelle « l’Internet de l’information ».

Mais la fonction de copie n’était jusqu’à présent pas opérante, quand on considérait les actifs avec de la valeur tels que l’énergie, le crédit ou l’argent. Avec l’invention de Bitcoin par Satoshi Nakamoto en 2008, la blockchain apporte ainsi une évolution fondamentale pour Don Tapscott : « pour la première fois dans l’histoire, nous avons un média permettant de capturer et de partager de la valeur ».

On entre dans la seconde génération de la révolution digitale : « l’Internet de la valeur ».

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La promesse de cette disruption

Jusqu’à présent, le fonctionnement de l’économie et de la société reposait sur des intermédiaires tels que les firmes ou les gouvernements, dont la centralisation est source d’inefficacités et d’injustices. Tapscott donne un exemple très concret : « il est aujourd’hui moins cher d’envoyer une enclume en Chine par Fedex, que de transférer de l’argent à l’international ». Bitcoin, tout comme la technologie sous-jacente de la blockchain, constituent à cet égard un média sécurisé dont le fonctionnement distribué et décentralisé garantit la confiance entre les acteurs. À partir de ce moment, toute personne est capable de conduire des transactions sans l’intermédiation d’une banque dont le coût s’élève en milliards de dollars. Les applications sont infinies : à partir du moment où la confiance est garantie, pourquoi ne pas réinventer un nouveau modèle de démocratie ?

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De nouvelles organisations à imaginer

Cette révolution de la blockchain promet en outre des changements organisationnels puissants. Plusieurs forces peuvent aujourd’hui être moteurs de ce changement en parallèle de la technologie : le moteur démographique avec l’arrivée de générations 100 % natives ; la révolution économique avec le déclin des firmes traditionnelles dont le rôle de réduction des coûts de transactions n’est plus justifié ; le changement social avec la constitution de communautés autonomes organisées autour d’une cause et dont la campagne d’Obama est le meilleur exemple.

Selon Don Tapscott, de nouvelles organisations peuvent ainsi être imaginées à partir de ces forces motrices : la blockchain pourrait entraîner la fin des entreprises et l’avènement de communautés d’agents autonomes contractant grâce à la création de DAO (organisations autonomes décentralisées) sans gérant ni PDG, où le programme informatique garantit l’établissement de règles de gouvernance collectives, transparentes et sécurisées. Pour faire émerger une DAO, la première chose à faire est de collecter des fonds, ce qui est déjà envisageable à travers une campagne de crowdfunding : depuis quelques semaines, près de 134 millions de dollars ont été levés autour de Slock.it. Le changement de paradigme est alors radical puisqu’« en tant qu’investisseur, on souhaiterait sans doute savoir quels sont les coûts. Mais les coûts sont de zéro ».

 

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Les nouveaux business models gagnants

Pour Dan Tapscott, l’émergence de la blockchain vient bousculer l’équilibre économique actuel dans le digital au point que « les disrupteurs sont en passe de se faire disrupter à leur tour ». Plusieurs business models sont ainsi susceptibles d’émerger :

  • Digital Conglomerates : en contournant les firmes dont l’intermédiation, par exemple dans les services financiers, génère des coûts et de la complexité ;
  • Data Frackers : en laissant aux individus la maîtrise de leurs données via la création d’un avatar capable de gérer leur identité digitale à la place de Facebook ;
  • The New Aggregators : en créant des plateformes de partage de la connaissance gérés par les utilisateurs dont l’identité aura été garantie et sécurisée ;
  • Peer Pioneers : en remplaçant des acteurs de la « sharing-economy » comme Uber ou Airbnb par des réseaux d’agents autonomes qui récupèrent 100% de la valeur créée ;
  • Prosumers : en offrant aux consommateurs la possibilité de créer et de partager leurs propres produits ou publicités sans marques intermédiaires ;
  • The Rights Monetizers : en donnant la possibilité aux créateurs de gérer eux-mêmes via les droits de leurs créations sans l’intermédiation de plateformes de streaming ;
  • Wiki Workplace : en créant de nouveaux outils de travail collaboratifs, respectueux de l’identité et de la vie privée des individus

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Pour Don Tapscott, le nouveau paradigme de la blockchain, loin d’être utopique, dépend essentiellement de notre capacité à promouvoir son intégrité. Il compare cette intégrité à celle qui existe au sein d’espèces d’oiseaux qui voyagent en bande pour se protéger des prédateurs : « Il y a du leadership mais il n’y a pas de leader. On gagne la confiance de l’autre grâce à un sens prononcé de l’intérêt collectif. ».

 

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