Ancien hacker reconverti dans les neurosciences, Moran Cerf s’interroge sur les évolutions génétiques possibles de l’Humain 2.0. Face à l’auditoire d’USI 2017, il décortique le fonctionnement du cerveau humain, ses limites et son rôle de tour de contrôle sur notre corps.

Dans le monde entier, les enfants apprennent à l’école que l’Homme descend du singe. Il y a plusieurs millions d’années, des mutations génétiques ont peu à peu modifié nos fonctionnements cognitifs et physiques, impactant irréversiblement nos capacités et nos limites. Mais la génétique est une histoire de patience : les différences restent très faibles avec nos ancêtres et nos descendants. Cette lenteur n’est pas du goût de Moran Cerf : et si nous pouvions nous-même forcer le cerveau à évoluer ?

Défier les lois de la génétique

Prenons par exemple l’incapacité de l’homme à voler par lui même, “de ses propres ailes”. Pour Cerf, peu s’en faut de pouvoir greffer des ailes mécaniques sur l’homme, que le cerveau serait capable de reconnaître et d’actionner – déjouant ainsi la génétique naturelle. En effet, le cerveau sait déjà reconnaître un objet extérieur comme faisant partie du corps humain. C’est notamment le cas lors d’une greffe de cœur : le cerveau reconnaît un corps étranger, le nouveau cœur, et le fait fonctionner comme l’ancien. La prochaine étape : faire fonctionner un corps étranger qui n’existe pas naturellement dans le corps humain.

Les recherches avancent dans ce sens et nous éclairent sur le fonctionnement cognitif. Une expérimentation réalisée sur un singe a mis en évidence la rapidité d’apprentissage et d’évolution du cerveau. Avec ses bras naturels entravés, et des bras mécaniques artificiels reliés par des électrodes à son cerveau, celui-ci apprend spontanément à faire fonctionner ces derniers. Tout est une histoire de motivation. Pour attraper une banane présentée devant lui, le cerveau du singe a réussi à communiquer avec les bras mécaniques pour leur donner l’ordre de s’en saisir. Et l’expérimentation ne s’arrête pas là : après plusieurs jours, alors que les bras du singe sont libérés, son cerveau continue à communiquer avec les bras mécaniques au point de délaisser ses organes naturels. Ce n’est qu’au bout de trois jours que le singe retrouve l’usage (et l’habitude) normal de ses bras.

Selon Cerf, notre cerveau est limité par le fonctionnement du corps humain. Que se passerait-il si ces bras mécaniques présentaient de nouvelles capacités “extra-extraordinaires” ? Cerf nous partage l’exemple d’un de ses amis, né avec une main en moins. Ingénieur, il a conçu une prothèse mécanique ayant la capacité de pivoter sur elle-même par simple impulsion cognitive. Son cerveau a donc appris à réaliser une action “non naturelle” pour la plupart d’entre nous.

Citation de Moran Cerf sur la réalité et ce que notre cerveau perçoit, à la conférence USI 2017

 

Débloquer les limites de notre cerveau

Le cerveau humain possède des ressources d’apprentissage infinies. Sa capacité à apprendre par imitation ne s’arrête pas aux premiers mois de notre vie, avec l’apprentissage de la vue, de la parole, de la marche. Pour Cerf, il suffirait de pouvoir “parler le langage du cerveau” pour le faire accéder à de nouvelles capacités. Nous pourrions par exemple transmettre nos idées de cerveau à cerveau directement sans utiliser le langage, décuplant ainsi nos capacités de communication (616 mots par minute en moyenne par la pensée, contre 154 par la voix).

Le monde que nous voyons et entendons n’est qu’une version partielle de la réalité, limitée par nos capacités corporelles. Cerf l’affirme, “notre cerveau est capable de faire bien plus que ce qu’on en fait aujourd’hui.” Si nous voyons les couleurs du rouge au violet, nos yeux sont insensibles aux rayons infrarouge ou ultraviolet. En s’inspirant de la nature et des capacités surdéveloppées de certains animaux, Cerf imagine l’émergence d’un surhumain aux sens décuplés. Les applications dans la vie courant sont infinies. Les portiques de sécurité pourraient être remplacés par des agents dotés d’une vision à rayons X. Les traders ressentiraient directement les variations de la Bourse par des sentiments de bonheur ou de tristesse. Ou encore, le niveau d’essence d’une voiture pourrait être associé à une sensation de faim.

Voir le talk complet de Moran Cerf à la conférence USI 2017

 

L’éthique du transhumanisme

Longtemps décriée, l’idée d’homme-machine commence à faire son chemin. L’homme associé à la machine surpasserait ses capacités limitées, le transformant en une meilleure version de lui-même. Si on en croit le pourcentage de morts suite à un accident de “selfie” ou certains résultats d’élections, nos choix ne sont pas toujours judicieux. Nous prenons même souvent des décisions allant à l’encontre de notre propre intérêt. Et si la machine pouvait nous aider à faire les bons choix ? Voter ou choisir un livre ne serait plus une question d’affect, mais une décision prise de manière objective : la meilleure décision.

Le transhumanisme soulève la question de l’identité : suis-je toujours moi-même si mon cerveau est modifié ? Les avancées scientifiques nous permettent aujourd’hui de remplacer certaines parties du cerveau humain, de télécharger nos souvenirs, ou encore de guérir de surdité ou de cécité. Sommes-nous en train de “jouer à Dieu” ? Ou simplement d’accélérer un processus d’évolution naturel ? Pour Cerf, tout comme Galilée a bouleversé notre changement de perception en mettant le Soleil au centre du système solaire, la science nous prouve peu à peu que nous ne sommes pas au centre de notre univers, mais un composant de nous-même.

 


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