Que va nous apporter la seconde révolution des machines ?

Selon le co-auteur de The Second Machine Age – Work, Progress, and Prosperity in a Time of Brilliant Technologiesla première révolution des machines a déjà remplacé nos muscles ; la deuxième, elle, remplacera nos cerveaux. Loin de devoir nous terrifier, cette puissance révolutionnaire doit être mise de toute urgence au service des grands défis de notre siècle… 

La machine à vapeur, héroïne oubliée de l’histoire humaine

Andrew McAfee suggère à l’audience de poser à un dîner la question suivante : « Quel est le plus important développement dans l’histoire humaine? »; et promet que la discussion qui en découle sera fascinante. Selon les profils des invités, certains vont souligner de nouvelles façons de penser le monde, les révélations divines, les guerres ou les empires, les voyages de découvertes, les grandes inventions scientifiques, ou encore l’art et les humanités. Et McAfee de poursuivre que si un geek se trouve dans l’assemblée, son approche sera extrêmement intéressante : quelles sont les éléments de preuve ? Que disent les données ? Qu’est-ce qui impacte les courbes de l’histoire de l’humanité ? Penchons-nous sur les points qui nous permettent de mesurer cet effet : le nombre de personnes sur la planète, la vitesse à laquelle augmente leur niveau de vie, la vitesse à laquelle l’économie croît.

 

A lire : Daniel Cohen : Homo Economicus ou l’addiction de l’Homme à la croissance économique

 

Finalement, tous les empires et révolutions que le monde a connus n’ont eu que peu d’effet comparé au point d’inflexion qu’est la machine à vapeur. Cet apport technologique bouleversé notre existence.

Nous sommes, encore aujourd’hui, les bénéficiaires de ce premier âge de la machine qui a remplacé nos muscles. Nous sommes ainsi plus riches, en meilleure santé et nous vivons plus longtemps.

 

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Mais d’un autre côté nous avons aussi impacté le monde, et pas toujours de la meilleure façon. Parfois, usant et abusant de la planète d’une façon irréversible. Les années 1960 et 1970 ont vu poindre et s’affirmer les préoccupations à cet égard. À cette période paraissent les livres alarmants sur la situation : La Bombe H, Les Limites à la croissance, Famine 1975…

Si McAfee souligne ces inquiétudes, c’est pour mieux démontrer que les prédictions alarmistes ne se sont finalement pas révélées vraies. L’intelligence humaine a permis de trouver des solutions ! Par exemple, après des années de déforestation pour construire des bateaux et des chemins de fer, le bois est devenu tellement cher qu’il a été remplacé par d’autres matières premières. Ces externalités négatives sont finalement repoussées par les lois du marché et par l’innovation.

 

L’ordinateur personnel joueur d’échec dans le passé, joueur de go dans le futur

La deuxième révolution de la machine naît d’un nouvel outil, l’ordinateur. Celui-ci est rapidement devenu personnel et démocratisé. Cependant, si les investissements en matériel informatique continuent d’augmenter, ils sont désormais dépassés par les investissements en logiciel. Selon Andrew McAfee, nous entrons bel et bien dans une période de dématérialisation, où faire plus avec moins devient la norme.

« La technologie continue et continuera de nous surprendre ».

Prenons l’exemple du jeu de go. Depuis que les hommes se sont dotés d’ordinateurs, ils n’ont eu de cesse de vouloir les programmer pour que les machines excellent aux jeux auxquels ils aiment jouer eux-mêmes. En 1997, ce sont les échecs qui font passer la barrière intellectuelle de la supériorité de la machine sur le cerveau humain.

 

Photo d'Andrew McAfee avec citation à l'USI 2016

 

Pour le jeu de go, l’histoire est plus compliquée. En 2014, un article du magazine Wired insiste sur la difficulté du jeu de go pour la programmatique. Pour ce jeu à l’immensité de configurations, on ne peut simplement utiliser de la puissance de calcul brute. Il n’y a simplement pas assez de temps pour trouver la solution. Il est par ailleurs relativement difficile d’expliciter les raisons des mouvements du jeu de go comme l’illustre la belle phrase de Michael Polanyi « Nous savons plus que nous ne pouvons le dire ». 

Pour autant, l’année 2015 a vu la parution dans le journal scientifique Nature d’un article sur la maîtrise du jeu de go à l’aide de réseaux neuronaux profonds. Enfin, la nouvelle est tombée le 9 mars 2016. La victoire d’AlphaGo à quatre contre un contre Lee Sedol, considéré comme le meilleur jouer de go au monde. McAfee insiste sur la réponse à cette nouvelle : « Je ne m’y attendais pas aussi rapidement » fut la réaction la plus largement répandue.

Cette ère de la dématérialisation ne fait que commencer et ne fera que s’accélérer…

Le changement climatique et la paupérisation : deux défis pour la deuxième révolution de la machine

Cette puissance révolutionnaire doit cependant être mise au service de la résolution des deux grands challenges auxquels fait face le XXIe siècle. Le premier est le changement climatique. Le second est la pression continue sur les classes moyennes, alors que les profits ont repris leurs niveaux habituels. Ce deuxième enjeu est d’autant plus important qu’il trouve une partie de ses causes dans cette révolution de la machine. Il y a ainsi de moins en moins besoin de travail pour produire une même unité.

Mais Andrew McAfee se définit résolument comme un optimiste. Face aux pouvoirs incommensurables de la technologie, il affirme que le nombre de personnes bien intentionnées surpassant celui des personnes mal intentionnées, le monde devrait continuer à aller de l’avant. Il rappelle que les innovations ont toujours été décriées, depuis l’imprimerie à la conquête de l’espace. La dématérialisation a d’ailleurs fini par faire revenir une culture de l’écrit : en s’y penchant de plus près, il devient flagrant que les jeunes générations écrivent finalement plus qu’avant. De même, le volume mondial des voyages d’affaires ne fait qu’augmenter, en dépit des systèmes de télé-présence.

L’humain reste et restera donc au cœur de la révolution de la machine.

 

Photo d'Andrew McAfee avec citation à USI 2016

 

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