Synthèse de la conférence de Ludovic Cinquin, Directeur Général d’OCTO Technology France, à l’USI 2015.

L’impact des technologies sur le monde de demain, imaginer l’avenir de la DSI, innovation, management 3.0… Autant de sujets auxquels Ludovic Cinquin, Directeur Général d’OCTO Technology France, s’est longuement consacré. Sa dernière conférence à l’USI nous propose d’explorer les pratiques de l’entreprise libérée, un modèle qui, sans être nouveau, est étudié depuis peu. Or, il apparaît que les pratiques que les entreprises libérées mettent en oeuvre ont des résonances inattendues avec les enjeux de la culture digitale.

Digitalisation : de quoi parle-t-on ?

Internet est l’une des plus importantes “innovations de rupture” auxquelles les entreprises ont été confrontées. Dans la prise en compte de ce type d’innovations par les entreprises, il y a 2 temps : le premier consistant à intégrer cette innovation aux façons de faire du passé. Le second temps correspond à une mutation plus profonde, qui consiste à repenser ses façons de faire en intégrant toutes les potentialités offertes par cette nouvelle technologie.

“La digitalisation des entreprises correspond, à mon sens, cette bascule-là”, explique Ludovic Cinquin. “C’est le moment où les entreprises prennent conscience que les technologies internet sont une façon de réécrire leur futur.”

Dans leur démarche de digitalisation, les entreprises lancent généralement un certain nombre d’initiatives classiques : développer une présence sur les réseaux sociaux, en commençant par Facebook puis Twitter, lancer la version mobile ou tablette de leurs applications, mettre en place un Data Lab, organiser un Hackathon… Mais ces initiatives louables restent en surface, et les entreprises continuent à butter sur la transformation digitale de leur coeur.

La culture comme ancrage

Lorsque l’on pense “entreprises digitales”, les premiers exemples qui viennent à l’esprit sont des entreprises “digital natives”, parfaitement rompues aux technologies Internet : Google, Amazon, Uber…  Et pourtant, ces Géants du Web ne se disent pas digitaux. La digitalisation fait partie intégrante de leur identité et de leur mode de fonctionnement. “De la même façon, si quelqu’un vous demandait si votre compagnie est électrique, la question vous paraîtrait saugrenue, parce l’électricité est une évidence que vous n’avez jamais conscientisée”, précise Ludovic Cinquin.

En revanche, la plupart de ces digital players s’accordent autour d’un thème phare : la culture.

Netflix fut l’un des premiers à communiquer largement sur sa culture, par un manifeste d’une centaine de slides “Netflix Culture : Freedom and Responsability”. Véritable “bijou de description de la culture d’entreprise” assure Ludovic Cinquin, et ciment sur lequel repose l’entreprise. Même approche chez Facebook, lors de son introduction en bourse, ou chez Zappos, dont le CEO, Tony Hsieh, confiait lors d’une interview :

We really view culture as our n°1 priority. If we get the culture right, building a brand around delivering the very best customer service, will just care of itself.”

Phot du public concentré à l'usi 2015

Un chemin de traverse…

S’attaquer à modifier la culture d’entreprise est cependant un vaste chantier, car celle-ci a la fâcheuse tendance à être hyper-stable : comme elle s’est construire pour de bonnes raisons, et qu’elle est un élément de la réussite de l’entreprise, elle est l’objet de puissantes forces de rappel. Et pourtant, certaines entreprises ont réussi a transformer en profondeur leur culture d’entreprise et il s’agit précisément des entreprises qui se sont libérées.

Selon la définition d’Isaac Getz, qui a popularisé le terme, il s’agit d’une entreprise “où les salariés sont libres d’entreprendre toutes les actions qu’ils estiment les meilleures” pour cette dernière. Une liberté individuelle au service d’une responsabilité collective.

Parmi les entreprises libérées les plus documentées, on retiendra notamment Gore, Chrono Flex, Favi, Poult, Morning Star, Semco, mais aussi le Ministère de la Santé belge.

Les 5 caractéristiques de l’entreprise libérée

Pour mieux comprendre les principes de ce modèle, Ludovic Cinquin revient sur 5 caractéristiques que l’on retrouve communément dans  les entreprises libérées.

  1. Une révélation

Dans la plupart des cas, la démarche de libération est née d’une prise de conscience profonde du dirigeant, suite à un plan social ou un problème de santé grave, par exemple.

  1. La transparence

La première action est généralement de rendre publics tous les postes et responsabilités des salariés. Voire d’ouvrir des réunions comme c’est le cas chez Chrono Flex. Dans certains cas, la transparence va jusqu’à la communication des salaires et des marges, et des résultats financiers de l’entreprise.

  1. L’authenticité

L’entreprise libérée permet aux employés de tomber le masque et d’être ce qu’ils sont vraiment, même quand ils passent la porte de l’entreprise. C’est en laissant place à leur part d’humanité qu’ils pourront s’investir pleinement. Certains poussent ce postulat d’authenticité assez loin : Gore par exemple, a décidé de supprimer les dénominations de postes, car les rôles sociaux qu’ils impliquaient pouvait mettre en péril l’authenticité.

Cette authenticité nécessite également d’harmoniser le discours interne et externe de l’entreprise, ce qui permet de supprimer de nombreuses sources de schizophrénie pour les employés.

  1. L’autonomie

Pour libérer son entreprise, une des actions symboliques de nombreux dirigeants consiste à supprimer les pointeuses. Les personnes recrutées sont assez bien formées et compétentes pour prendre les meilleures décisions, et agir dans l’intérêt de l’entreprise, sans mettre en place des systèmes de contrôle coûteux et démotivants.

Le principe d’autonomie conduit souvent à laisser les budgets d’achats dans les mains des opérationnels sur le terrain.

  1. Le droit à l’erreur

La différence entre une entreprise qui laisse le droit à l’erreur et une qui ne le laisserait pas, ce n’est pas grand-chose : une remarque encourageante plutôt que maladroite de la part d’un manager face à une situation.”, résume Ludovic Cinquin. Admettre l’erreur, c’est aussi l’opportunité de réagir plus vite, et de prendre le risque d’innover pour faire progresser l’entreprise

Une vision commune

Si le domaine d’activité de ces entreprises diffèrent radicalement de celui des entreprises digitales, elles se retrouvent autour de cette vision commune de la culture. “J’aurais pu choisir les mêmes thématiques, et prendre des exemples parmi les entreprises digital natives”, souligne Ludovic Cinquin. Une coïncidence ? Probablement pas.

“Quand une entreprise avance sur le chemin de l’entreprise libérée, elle va spontanément trouver des modes de fonctionnement proches de ceux sur lesquels les acteurs du digital se sont naturellement construits au moment de leur création.”

Ces modes de fonctionnement – fondés sur des méthodes agiles et le l’autonomisation des employés – permettent aux entreprises une réactivité et une adaptabilité au marché qui dépassent le simple domaine du digital.

Les entreprises libérées apportent aussi la preuve que le changement de culture est possible, même pour des entreprises qui ne sont pas nativement digitales.

Ludovic Cinquin à l'USI 2015

Source : YouTube USIEvents

Source : YouTube USIEvents

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