Président du Mexique entre 2006 et 2012, Felipe Calderón a notamment accueilli et supervisé le Sommet de Cancun pour le climat en 2010, et légiféré dans son pays sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il poursuit aujourd’hui son combat à travers des conférences à Davos, au Global Landscape Forum et cette année à USI. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il sait aussi trouver les mots, ou plutôt les chiffres, pour convaincre.

Doit-on choisir entre prospérité et développement d’un côté et lutte contre le dérèglement climatique de l’autre ? « Non, clairement non », répond Felipe Calderón, orateur de talent, passé de la présidence du Mexique à la présidence de la Commission mondiale sur l’économie et le climat. Une initiative internationale qui rassemble des anciens chefs de gouvernement, des ministres des finances et des figures éminentes dans les domaines de l’économie, des affaires et de la finance. Bref, Felipe Calderón sait de quoi il parle quand il se lance sur l’environnement. Et il le prouve au cours d’une démonstration claire, dynamique, didactique et – une fois n’est pas coutume sur le sujet du climat – réellement optimiste.

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Les premiers slides font pourtant craindre le contraire. L’ancien chef d’État passe en revue les événements climatiques qui ont impacté la planète ces derniers mois : les inondations de ce printemps à Paris, les ouragans dans les Caraïbes, les incendies au Portugal, les pluies en Amérique Latine… « Ces catastrophes naturelles sont clairement liées au réchauffement climatique, donc à l’augmentation des gaz à effet de serre », explique-t-il, graphiques à l’appui.

« La responsabilité de l’Homme dans le dérèglement climatique n’est plus à prouver. On le sait depuis des années. Des hommes et des femmes en paient chaque année le terrible tribut. Les conséquences économiques sont également terribles. Et pourtant, rien n’est fait. Comment expliquer cette absence de décision ? », interroge Calderón. Un ange passe. La salle Le Nôtre du Carrousel du Louvre, d’une capacité de 2000 personnes, est pendue à ses lèvres. Il poursuit :

« Les décideurs continuent de croire qu’ils doivent choisir entre la croissance économique et la lutte contre le dérèglement climatique. Mais c’est faux ! C’est même l’inverse. La réduction des effets de serre peut générer de la croissance, elle peut créer des emplois et réduire la pauvreté. Les leaders doivent en prendre conscience et mettre en place des politiques incitatives, car c’est cela qui conduira les acteurs économiques à se tourner réellement vers la transition écologique. »


Retrouvez le talk de Felipe Calderón sur la création d’opportunités économiques en améliorant les condition climatiques


Ce par quoi il faut commencer

L’ancien président mexicain le concède : le chantier est immense. Alors quelles sont les priorités ? Il distingue trois « systèmes ».

  • D’abord les villes. « Selon les prévisions, la planète comptera un milliard de citadins de plus en 2030. Or ce sont les métropoles qui génèrent le plus de CO2. Il va donc falloir réfléchir à de nouvelles manières de les construire et d’organiser celles qui sont déjà existantes. » Concrètement, cela veut dire construire des cités plus compactes et mieux connectées, de façons à réduire les déplacements. « Tout le monde a à y gagner, car plus de fluidité, cela veut dire moins de temps dans les transport, plus de productivité et plus de temps libre », dit-il. A Buenos Aires, la simple arrivé de bus a permis de réduire le temps des gens passé dans les transports de moitié. Et puis il y a les déperditions énergétiques. Il développe : à cause de leur mauvaise isolation, on estime que les immeubles sont responsables de 60% de la consommation d’électricité. Or rénover les bâtiments, changer leurs fenêtres notamment, c’est aussi réduire sa consommation d’électricité due au chauffage ou à la climatisation.
  • Autre secteur prioritaire : l’agriculture et l’élevage. « Aujourd’hui, 50% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de cette industrie. Il faut donc continuer de lutter contre la déforestation et replanter des arbres. C’est indispensable car les arbres piègent le CO2 », rappelle-t-il. L’agroforesterie, qui consiste à associer les arbres, les cultures et les animaux dans un même espace, apparaît comme une piste intéressante et génératrice de revenus.
  • Enfin, il y a l’énergie. L’industrie du renouvelable est génératrice d’emplois. On le voit partout où des choses ont été mises en place. Le renouvelable a déjà permis de créer 8,1 millions d’emplois dans le monde, dont 4 millions rien que sur le solaire. « Les coûts baissent. En dix ans, le prix du mégawatt/h est passé de 400 à 21 dollars. Et ça va continuer. C’est là-dessus qu’il faut se concentrer, bien plus que sur le charbon », glisse-t-il dans une pique à Donald Trump. Quant au nucléaire, notre orateur y voit une solution « transitoire » mais peu tenable sur le long terme en raison du coût environnemental et économique des batteries et des risques sécuritaires.

 

La lutte contre le réchauffement climatique rime avec croissance économique

Reste à savoir comment faire, concrètement pour y générer de la croissance. Le conférencier le répète : l’impulsion doit venir des décideurs politiques. Ce sont eux qui détiennent la clé. « Pour commencer, ils doivent prendre conscience que les compensations carbones ne sont pas une bonne solution. Dans le monde, 400 milliards de dollars sont dépensés pour utiliser des énergies fossiles. Cela représente trois fois le budget de l’Union Européenne. Mais pourquoi payer pour polluer ? Pourquoi, à l’instar de la Norvège et de l’université de Stanford, ne pas tout simplement arrêter de polluer ? Des alternatives existent. Elles sont nombreuses. Cela coûterait moins cher à tout le monde. » Les États doivent aussi investir dans les infrastructures. Certes, cela a un coût. Mais quitte à faire et rénover ses équipements, pourquoi ne pas opter pour ceux ayant un faible impact carbone ? Enfin il y a l’innovation. « Sans doute le plus grand moteur de croissance », dit-il. Mais pour cela, il faut des incitations, comme en Europe où les brevets liés à des produits d’innovation pour diminuer le carbone ont explosés. Dans le domaine de l’automobile, Calderón invite à suivre la voie de la Californie, « preuve que tout n’est pas négatif aux Etats-Unis ». Mais aussi de France et du Royaume-Uni, où les moteurs non électriques seront interdits d’ici 2040.

L’enjeu, faut-il le rappeler, est de limiter la hausse des températures pour 2050 à seulement 2°C par rapport à 1990. Une délimitation fixée en référence à une période du passé, il y a plus de 100.000 ans, où cette température moyenne a été atteinte. On sait que c’est possible. « Au delà, on entre dans un modèle inconnu. Nul ne peut prédire avec certitude ce qui se passera. Or si rien est fait on pourrait être à +4°C d’ici 2100… » prévient-il. Optimiste mais pas béat.

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