« La bionique va fondamentalement changer ce qu’est l’être humain et éliminer le handicap », a affirmé Hugh Herr sur la scène de l’édition 2019 de la conférence USI. Amputé des deux jambes en 1982, ce passionné d’escalade est depuis devenu un scientifique chevronné. Directeur d’un groupe de recherche sur la biomécatronique au MIT, il met au point avec son équipe des procédés et technologies qui, demain, promettent d’augmenter l’Homme.

« Quand j’avais 17 ans, j’étais passionné d’escalade. Mais je me suis retrouvé bloqué par moins 30 degrés Fahrenheit. Malgré des mois de combat ensuite, on a dû amputer mes deux jambes ». commence Hugh Herr. Heureusement, 37 ans plus tard, il a retrouvé sa mobilité et a pu escalader d’autres falaises. C’est justement la certitude qu’il pourrait un jour pratiquer à nouveau son sport favori, conduire ou marcher qui l’a conduit à devenir un éminent chercheur du MIT. « À l’époque, le médecin m’avait dit que je ne pourrais plus jamais grimper ou faire du vélo. J’ai refusé son diagnostic. Déjà à l’époque, j’étais persuadé que l’on pourrait surmonter le handicap grâce à la technologie et l’innovation. Aujourd’hui je ne suis plus un jeune homme qui rêve. Je suis professeur au MIT, je dirige le groupe de recherche en biomécatronique et co-dirige le MIT Center for Extreme Bionics » raconte-t-il, équipé de ses prothèses bioniques.

hugh herr

Un fin mélange de biologie et de design

« La bionique, c’est une science à la frontière entre la biologie et le design ». Il s’agit de designer des parties de corps synthétiques qui s’apparentent à des os et des muscles humains du corps biologique. Ensuite, « nous avons besoin d’une cartographie du cerveau ». C’est ainsi qu’au sein du Centre de bionique extrême du MIT, le chercheur et ses équipes travaillent sur l’optogénétique ou encore la neurovascularisation, afin de saisir tout ce qu’il se passe dans le cerveau et s’en servir pour mieux soigner.

Les champs d’applications de ces recherches en science bionique sont nombreux. Ça commence avec l’amputation : « Nous innovons pour améliorer les prothèses, et pour ce faire nous avons souhaité créer un lien bidirectionnel entre le cerveau humain et les prothèses », poursuit le scientifique. « Mais cette évolution n’était possible qu’en innovant en matière de méthode d’amputation ».

La naissance du premier grimpeur cyborg

Lorsqu’il a été amputé, Hugh Herr l’a ainsi été selon des techniques très anciennes, ayant peu évolué en 100 ans. « Je peux avoir l’impression d’avoir des pieds et des jambes, je peux même penser à faire bouger mes pieds mais cela ne produit rien au niveau de mes prothèses car les chirurgiens ont rompu le lien possible avec mon cerveau ».

Le MIT a donc mis au point un procédé révolutionnaire, baptisée AMI (interface neuro-musculaire agoniste-antagoniste) : « L’AMI sert à connecter les nerfs du membre résidu à une prothèse bionique externe. Comment cela fonctionne ? L’AMI est formé de deux muscles, liés chirurgicalement : un agoniste lié à un antagoniste. Quand l’agoniste se contracte après activation électrique, il étire l’antagoniste », détaille Herr. Cela permet de rétablir un phénomène naturel chez l’homme non amputé, à savoir la proprioception, qui donne au porteur de prothèse des sensations naturelles sur la position et les mouvements de son membre synthétique.

Pour illustrer son propos, Hugh Herr raconte l’histoire de l’un de ses amis grimpeurs, Jim. Ce dernier souffrait énormément après une chute et malgré des mois d’hôpital. Et ne pouvait espérer alors reprendre l’escalade un jour. Il lui a donc demandé s’il ne serait pas mieux de se faire amputer de sa jambe douloureuse. « Je lui ai répondu que si. D’autant qu’à cette époque au MIT, on avait justement beaucoup avancé sur l’AMI ». Amputé et opéré suivant la procédure AMI par une équipe médicale de pointe, Jim a ainsi été équipé d’un membre bionique relié à son cerveau.

« Alors qu’il descendait les marches, le pied bionique de Jim allait chercher de lui même la marche inférieure pour rééquilibrer la marche. Et, après les tests, alors que nous discutions, assis, son pied bionique a commencé à bouger naturellement comme pour accompagner ses mots, comme cela se produirait chez une personne non amputée ! Plus tard, Jim nous a raconté qu’il avait la sensation que le robot faisait partie de lui. C’est donc bien plus qu’un outil. Avec la mécatronique nous ré-offrons une partie de leur corps à des individus qui l’ont perdue », raconte, de façon très enthousiaste, le chercheur du MIT.

Pour qu’il puisse grimper à nouveau sur des parcours d’escalade très escarpés, l’équipe du MIT l’a ensuite équipé d’une jambe bionique plus évoluée encore. Résultat, « il est devenu le premier grimpeur cyborg. Extraordinaire ! »

Quand la technologie prolongera nos corps…

Aujourd’hui, des recherches sont aussi menées sur les animaux et sur l’homme, pour appliquer ce potentiel bionique et les progrès issus de l’optogénétique à l’amélioration de la qualité de vie de personnes paralysées. L’idée étant, un jour, de leur redonner le pouvoir de marcher : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère dans l’histoire des interactions hommes-machines, a assuré Hugh Herr. Mais il a fallu attendre 2014 pour que quelqu’un crée un exosquelette qui améliore réellement les jambes d’être humain mobile, et faire que l’homme se dépense moins, s’abîme moins, en se déplaçant. Aujourd’hui avec la mécatronique, on travaille à la mise au point de bottes qui améliorent le saut et la marche. ».

Et pour Hugh Herr, il ne faut pas craindre le pire et plutôt imaginer le meilleur : « Nous travaillons à des innovations qui donnent des droits aux hommes : celui de remarcher, d’avoir une activité sportive qui n’use pas démesurément les muscles… » Et de conclure : « Ce que je vois en moi aujourd’hui, c’est un pouvoir, le potentiel de la technologie pour surmonter le handicap. ».

hugh h

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *