Allier technologie et convictions, Aurélie Jean en a fait son credo ! A 34 ans, cette scientifique numéricienne n’a pas seulement fait ses armes au MIT, elle s’engage depuis de nombreuses années dans la promotion des métiers du code pour les femmes – encore sous-représentées dans ce domaine.

Fondatrice de l’organisation In Silico Veritas, elle aide aujourd’hui les entreprises a capter tout le potentiel du code, coeur même de nos enjeux d’innovation. Rencontre.

Aurélie Jean, fondatrice de In Silico Veritas et speaker à la conférence USI 2017

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ? Celui-ci a-t-il mené naturellement à une vocation de « Scientifique Numéricienne » ou cela vous est venu autrement ?

Je suis docteur en mécanique numérique et sciences des matériaux de formation. J’ai toujours eu une appétence pour les matières scientifiques et en particulier les mathématiques et la physique. La mécanique était pour moi un bon mélange de ces deux matières. Depuis ma thèse, je m’intéresse à simuler numériquement des comportements, des phénomènes afin de répondre à des questions ou de comprendre des mécanismes. Pour se faire, je développe des modèles mathématiques, que j’implémente dans un code de calcul qui est le support des simulations numériques. J’ai appliqué cette approche dans l’ingénierie des élastomères, la médecine, l’éducation et plus récemment la finance. J’aime l’idée d’atteindre l’inaccessible grâce à la simulation. Je me suis rendue compte il y a quelques années qu’en codant j’avais le pouvoir de changer les choses et d’impacter positivement les gens, la société et notre planète !

Votre formation scientifique vous a-t-elle fait porter un regard différent sur l’informatique ?

Absolument ! Je porte un regard positif car, sans négliger les dangers (qui existent dans toutes révolutions technologiques), je soutiens activement et communique sur les bienfaits de l’informatique dans l’amélioration de la qualité de vie. Nous craignons toujours ce que nous ignorons, l’éducation est une force dans ce cas précis. Je souhaite que les individus comprennent davantage cette discipline afin que nous puissions construire ensemble un monde meilleur pour tous !

« Nous craignons toujours ce que nous ignorons, l’éducation est une force ! » @Aurelie_JEAN

Selon une étude « Effet de genre : le paradoxe des études d’informatique« , les métiers liés à l’informatique étaient majoritairement féminins, aux débuts des années 80. Qu’est-ce qui a fait que la tendance s’est inversée selon vous ?

Ce phénomène malheureusement connu est en étroite relation avec l’arrivée dans les foyers de l’ordinateur personnel. Avant les années 80, les femmes étaient très présentes dans cette discipline. Rappelons que les premiers langages informatiques ont été créés par des femmes durant la seconde guerre mondiale. A partir des années 80, l’ordinateur jusque là réservé à une élite professionnelle, arrive dans les familles, pour tout le monde. Il y a là un vrai business à développer ! Les femmes se sont éloignées de cette discipline et les hommes se sont appropriés ce domaine fortement lucratif.

In Silico Veritas, organization created by Aurélie Jean

Comme vous l’avez souligné dans un article, les femmes représentent moins de 5 % des postes à responsabilité. Pensez-vous qu’une présence plus accrue sur les réseaux (par exemple les réseaux sociaux sur lesquels vous communiquez beaucoup), peut être un vrai levier de visibilité et de changement ?

Moins de 5 % des codeurs avec plus de 10 ans d’expérience sont des femmes, ce chiffre est alarmant. Nous devons être des Role Models pour toutes les jeunes filles et les femmes, afin d’inspirer et de faire naître des vocations. J’utilise beaucoup les réseaux sociaux afin de communiquer sur mon métier, ses enjeux et ses impacts. J’aimerais tellement que toutes les femmes scientifiques témoignent davantage sur leur parcours, leur travail au quotidien, et ce qui les anime. Nous ne pouvons pas imaginer être ce qu’on ne voit pas, il est important que les filles et femmes puissent se projeter dans des Role Models. J’essaie de faire au mieux à la hauteur de mes moyens… J’ai espoir !

On peut vous considérer comme une « prosélyte du code », à tel point que vous incitiez dans une de vos conférences les CEO eux-mêmes à s’y mettre. Pour vous, pourquoi est-ce aussi important que tout le monde partage ce même langage du code ?

Il est important que les individus comprennent davantage les mécanismes derrières les nouvelles technologies afin de développer leur analyse critique et faire avancer le débat. Trop de personnes se présentent comme “experts” et se permettent de donner un avis technique sur l’intelligence artificielle, développant bien souvent des peurs et des incompréhensions générales. USI a compris qu’il fallait mettre sur scène des vrais experts pour démystifier, inspirer et faire comprendre !

Apprendre à coder permet selon moi de comprendre le monde dans lequel nous évoluons. Notre échelle de temps s’est raccourcie, le futur n’est pas dans 10 ans mais demain ! Je souhaite que les individus deviennent des utilisateurs éclairés des nouvelles technologies numériques. Le code va leur permettre d’assimiler les tenants et les aboutissants. Les codeurs sont les architectes du futur, les leaders de demain doivent réfléchir comme eux pour mieux innover !

« USI a compris qu’il fallait mettre sur scène des vrais experts pour démystifier, inspirer et faire comprendre ! » @Aurelie_JEAN

Actuellement, les développeurs font partie des métiers les plus recherchées par les RH en France. Qu’est-ce qui vous motive à rester aux Etats-Unis ?

(rires…) J’adore vos questions! Je vis aux États-Unis depuis 8 ans et j’avoue avoir des fourmis dans les jambes… Je réfléchis actuellement à ma prochaine aventure, la prochaine étape de ma carrière. J’aimerais faire grandir ma startup et m’engager dans une autre dimension professionnelle dans la tech. La France fait partie de ma liste, j’observe, j’écoute afin de trouver une belle opportunité ! Des propositions ?

Lorsque vous rencontrez quelqu’un qui a envie de se lancer dans une carrière liée au « code », quels conseils lui donnez-vous ? Y a-t-il des « recettes miracles » pour devenir un décideur-développeur ?

Aurélie Jean, speaker à la conférence USI 2017Je n’ai jamais été attirée par les “recettes”. Pour moi, c’est une vision idéalisée qui empêche les gens de réfléchir réellement à leurs choix et à leurs envies. Il n’y a pas d’âge pour apprendre à coder et nous avons besoin d’un spectre large de compétences en code. On peut par exemple apprendre à coder pour compléter une formation de base non technique. Un bel exemple est celui d’Amélie Lefebvre, une de mes mentorees, digital marketer de formation, qui s’est mise sérieusement à apprendre à coder afin de mieux comprendre les outils qu’elle utilisait et rendre son profil encore plus attractif ! Son expérience a été une réussite !

Nous allons manquer de centaines de milliers de développeurs en France, les codeurs deviennent des “gold commodities” que les recruteurs s’arrachent ! On peut apprendre à coder par une formation supérieure, des cours du soirs, des cours en ligne… Le code arrive aussi dans les écoles afin de modeler l’esprit des enfants et leur apprendre la logique. J’ai l’habitude de conseiller les gens individuellement. Ecrivez moi si vous avez des questions, je réponds toujours !

Vous mentionnez les changements que l’informatique a apportés dans votre vie (télétravail, maîtrise de votre emploi du temps…) : pensez-vous qu’informatique et pratique du code sont synonymes de transformation de nos modes de vie ?

 

Absolument ! Le code casse les codes ! On travaille différemment, chacun peut s’adapter à son propre rythme de vie, son propre agenda. Les outils numériques améliorent notre quotidien en nous facilitant la vie au jour le jour. De plus, je crois sincèrement que de façon générale les entreprises tech vont perturber le monde du travail et ce dans tous les domaines, avec leurs propres codes (lieu de travail qui devient un lieu de vie, repas gratuits, garde d’enfants, salle de jeux, salle de repos…). De nombreuses études démontrent l’impact positif sur les employés et l’augmentation des performances par le développement de lieux de travail joyeux, détendus afin de développer la créativité. Les boîtes tech ont été les premières à avoir compris cela !

« Le code casse les codes ! »@Aurelie_JEAN

Pensez-vous qu’un jour, une intelligence artificielle/un bot entraîné·e puisse proposer un code propre sans intervention humaine ? Comment les développeurs devraient-ils alors s’adapter ?

Il y a déjà une partie du code qui est générée automatiquement et je souhaite qu’on en génère davantage afin que nous, développeurs, puissions nous concentrer sur les parties de code plus complexes. Cela étant dit, il faut du code pour générer du code… donc on a encore du boulot et pour longtemps ! Les gens vont devoir néanmoins apprendre à coder afin de mieux maîtriser les outils qu’ils utiliseront et de prendre de meilleures décisions. Devenons des utilisateurs éclairés et non éblouis des technologies numériques !

2 Réponses à “Interview Aurélie Jean : « Les leaders de demain doivent penser comme des codeurs ! »”

  1. Bad

    J’ai « buggué » deja a partir du titre.
    C’est quoi un codeur ? Quel type de codeur ? Codeur Optique, Rotatif ?
    Cordialement,
    Computer Science Engineer.

    Répondre
    • blog-usi

      Bonjour,

      Comme vous vous en doutez, nous sommes clairement loin du rotatif dans le cas précis 😉
      La dénomination renvoie ici à une personne sachant coder (mais là encore, le sujet du type de langage peut nous amener loin). Mais surtout une personne qui intègre les principes du code dans sa façon de prendre des décisions – qu’elles soient techniques ou structurelles.

      Bonne question, cependant : c’est quoi un codeur ? Votre avis nous intéresse…

      A bientôt !

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