Auteur du best-seller Heureux comme un Danois, et executive coach dans de grands groupes, Malene Rydahl soulève l’une des questions les plus cruciale qui soient : c’est quoi, le bonheur ? Cruciale, parce qu’elle ne touche pas uniquement notre bien-être personnel mais interroge toute notre posture sociale : rapport à l’autre, décalage entre réalité et illusions, compétition, empathie… Et si tout commençait à l’école ?

Dans votre ouvrage Le bonheur sans illusions, vous nous invitez, à l’aide d’études et d’anecdotes personnelles, à reconsidérer les liens que nous tissons avec l’argent, le pouvoir, la beauté, la célébrité… autant de clichés de réussite que l’on associe trop simplement au “bonheur”. Mais qu’entendez-vous par “bonheur”, en quoi se différencie-t-il du “bien-être” ou du “plaisir” ?

Visuels_speakers_RydahlJe parle plus de « bien-être » en réalité que de « bonheur ». Cette base relève de la connaissance de soi. C’est elle, la clé : créer notre relation à nous-même et le sens de notre vie. C’est intimement lié à la gratitude et la reconnaissance de la chance que nous avons.

Cette base essentielle est à distinguer des « plaisirs ». Il y a cette croyance que la multiplication des plaisirs finit par faire le bonheur. C’est faux ! Nous devons réussir à identifier nos sources de plaisir comme telles, et les maîtriser, en gardant notre capacité d’émerveillement face à elles. Je ne suis pas contre les plaisirs, au contraire ! C’est sur la relation que nous entretenons avec eux que nous devons être vigilants, pour ne pas tomber dans leur piège et se tromper de bataille.

Le problème n’est donc pas tant dans le fait de vouloir de l’argent, du pouvoir, de la notoriété, etc. mais plutôt de les penser comme les sources ultimes de bonheur. Comment garder un rapport sain face à ces illusions ?

En faisant attention, dans notre relation aux plaisirs, à ne pas les prendre pour acquis, à garder comme je disais cette capacité d’émerveillement et à ne pas tomber dans l' »adaptation hédonique ».

Pouvez-vous nous définir ce terme plus précisément ?

L’accumulation des sources de plaisir nous font rapidement tomber dans une forme d’addiction et d’insatisfaction perpétuelle. Une fois qu’on obtient ce que l’on veut (argent, notoriété, etc.), le bonheur dure quelques semaines, jours, peut-être même heures, puis le phénomène de “l’adaptation hédonique” entre en jeu : on s’adapte à cette nouvelle situation et on va ensuite se comparer aux autres, et vouloir plus.

Cela s’accompagne nécessairement d’une forme d’angoisse (celle de perdre ce que l’on a désormais), mais aussi d’éloignement de soi – se retrouver victime du syndrôme de l’imposteur, avoir l’impression de ne pas être aimé pour ce que l’on est réellement…

Les exemples de décalage entre réalité et illusions ne manquent pas dans votre ouvrage. Concernant le pouvoir, vous soulignez, “les self-made men ont tendance à ne pas vouloir briser le rêve et nient publiquement la dureté du monde qu’ils rencontrent”. Vivons-nous dans un monde d’impostures et d’imposteurs ?

le-bonheur-sans-illusionDans mon expérience de coaching, j’ai pu constater que le sentiment d’imposture était l’un des syndromes les plus fréquemment chez les hommes ! Maintenir envers et contre tout une image de dirigeant, ou de grand puissant en tout cas, c’est finalement mentir et ne jamais dévoiler qui on est. C’est être dans le mal-être et le stress permanent. On est pris dans un engrenage, persuadé que sa vraie personnalité n’est pas capable de faire le job.

Très peu de dirigeants sont authentiques (alors que la sincérité est bien plus marquante que les beaux discours, si élégamment écrits soient-ils !)  et on finit par ne plus les croire. C’est d’autant plus vrai avec la génération qui arrive. Il y a même une exigence nouvelle à avoir des leaders authentiques, qui inspirent une quête de sens et de la confiance : dire ce qu’ils font et faire ce qu’ils disent.

On ne peut plus se permettre de tricher ! Les médias et les réseaux sociaux se chargeront de vous exposer de toute manière…

Malheureusement l’authenticité n’est pas quelque chose de logique aujourd’hui, ni de facile. On n’arme pas encore les étudiants et les jeunes à comprendre ces mécanismes de « self awareness » comme on dit en anglais, ou connaissance de soi. Nous avons besoin d’un minimum de savoir autour du « bien-être » dès l’école : la différence avec les plaisirs, comment construire sa base de bien-être, trouver un sens à sa vie, comment participer à un projet collectif, quelles sont les principes des relations humaines etc. Personne ne nous les enseigne !

L’empathie, par exemple, est enseignée dès l’âge de 6 ans dans les écoles danoises.


Retrouvez Malene Rydahl en conférence à l’USI 2018 !

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C’est aussi l’une des bases fondamentales en entreprise, avec l’incarnation des valeurs, dire ce que l’on fait, etc.

Exactement. Si l’on ne comprend pas comment on est construit, on ne sait pas ce que l’on projette sur les autres. Et ce que l’on projette, c’est précisément notre style de management. Plus on est capable de se connaître et aider les autres à se comprendre, plus on devient un bon leader.

Plus on arrive à se connaître, plus on arrive à naviguer facilement dans la vie.

Quelles seraient les clés pour commencer à mieux se connaître et ne plus être dans la comparaison, la performance et la compétition ?

Cela met du temps. On peut commencer par évaluer quelles sont les sources de plaisir qui nous ressemblent, identifier les valeurs qui nous sont indispensables et que nous voulons incarner et cultiver. Nous pouvons réfléchir également à la façon dont nous pouvons nous inscrire dans quelque-chose de plus grand que nous-même.

Le « connais-toi toi-même » de Socrate est tout à fait d’actualité pour moi. Se connaître pour mieux ensuite s’écouter.

La meilleure définition serait l’alignement entre ce que l’on est, ce que l’on pense, ce que l’on dit, et ce que l’on fait. C’est en gardant cet alignement que l’on peut construire n’importe quel projet.

Pour moi, ce type de réflexion sur soi à toute sa place à l’école !

Au delà de l’éducation, comment agir au quotidien sur le sujet ? Quelle est notre part de responsabilité individuelle pour que ces illusions ne perdurent pas dans notre société ? C’est toute notre posture sociale que cela interroge…

Nous devons nous recentrer sur des valeurs d’écoute, de confiance et d’empathie. Ce sont des choses qui manquent foncièrement dans les entreprises. Il faut savoir que 86 % des français au travail révèlent qu’ils gèrent des malentendus et des conflits, et la source principale à 49 % est celle de l’égo ! C’est quand même significatif. Et directement dû au manque d’empathie.

Nous pouvons également essayer d’être plus vigilant par rapport à ce que l’on expose sur nos vies, sans essayer de vendre une vie qui n’est pas la nôtre.

Nous avons la responsabilité de respecter une forme d’honnêteté, notamment sur les réseaux sociaux.

Je considère souvent que plus les gens étalent leur bonheur en racontant à quel point leur vie est formidable, plus il y a un problème ! J’ai bien vu, à travers mes années de coaching, que personne n’était épargné par les aléas de la vie. Essayer de vendre la vie rêvée sans nuage, c’est juste un mensonge. C’est terrible parce que certaines personnes en face y croient, et elles se sentent inférieures en pensant que leur vie n’est jamais à la hauteur. Alors que c’est une quête vaine.

Sans exposer tous nos problèmes non plus, nous pouvons aisément trouver un équilibre pour rester honnête. L’énergie que nous dépensons à maintenir l’illusion, voire le mensonge, est considérable et nous enferme dans le mal-être.

Je veux inviter les gens à être eux-mêmes ! C’est là qu’ils sont les plus innovants et créatifs. C’est là que leur influence est la plus positive.

 

Rejoignez-nous à l’USI 2018 !

 

Biographie Malene Rydahl

Malene Rydahl est Danoise et vit en France depuis plus de 20 ans. Après une longue carrière en entreprise comme dirigeante en communication elle se consacre à plein temps à sa nouvelle carrière en tant qu’écrivain, conférencière et executive coach à travers le monde.

Elle est l’auteur du best-seller Heureux comme un Danois publié chez Grasset en 2014, Prix du livre optimiste et traduit en 12 langues. Malene Rydahl délivre les clefs du management danois qui a fait ses preuves pour augmenter la productivité, la créativité et la fidélité des employés dans un monde où les entreprises se battent pour les meilleurs talents.

Elle intervient devant de nombreux grands groupes français et internationaux qu’elle conseille également en tant qu’executive coach. De plus, elle s’exprime régulièrement dans les institutions et les grandes écoles comme l’OCDE, ENA, HEC, INSEAD sur ses sujets d’expertise le bonheur et le bien-être. Son dernier livre Le bonheur sans illusions est sorti en 2017 chez Flammarion.

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