Artiste, investisseur, diplômé du MIT, John Maeda a réfléchi très tôt à la convergence entre technologie et design. Désigné comme le “Warren Buffet du design” par Wired, l’expert américain décrypte pour USI trois idées fortes autour du design qui peuvent inspirer les leaders d’aujourd’hui et de demain.

Si le design peut être envisagé de différentes manières, John Maeda croit profondément en sa force dans sa fonction inclusive auprès des utilisateurs, autant qu’au sein de l’entreprise auprès des salariés et des managers. Car si le design se positionne de manière croissante au cœur du produit, celui-ci peut aussi constituer une réponse ou une source d’inspiration pour s’approprier les bouleversements à l’œuvre. 

Le design comme réponse aux changements exponentiels

Le premier point-clé à retenir selon John Maeda tient à l’accélération du changement et l’impact sur la vie d’une entreprise. Énoncée en 1965, la loi de Moore établit la règle, vérifiée empiriquement, selon laquelle la puissance des micro-processeurs, et donc des appareils électroniques, double tous les 18 mois. Plus rapides mais aussi moins chers, les ordinateurs offrent des capacités telles qu’elles obligent toute grande organisation et son leadership à réfléchir à leur direction.

Quand on prend un peu de recul sur les innovations introduites dans notre société, on observe à quel point les dernières décennies ont bouleversé nos usages. L’introduction de l’écran TV puis mobile a ainsi pu, en quelques années seulement, altérer et modifier la manière dont nous socialisons mais aussi dont nous nous déplaçons spatialement. Dans un tel contexte de bouleversement, une attitude ouverte semble la plus appropriée pour anticiper et s’approprier les changements. La chance des personnes ayant commencé à travailler dans les années 1980 est d’avoir pu observer la loi de Moore à l’oeuvre et d’avoir été exposées à la plupart des idées qui se révèlent seulement aujourd’hui comme des succès.

Le design se révèle comme une réponse au changement exponentiel défini par la Loi de Moore.

Comment expliquer alors un tel décalage dans le temps entre la formalisation de l’idée et sa concrétisation ? Deux réponses sont envisageables : soit l’idée n’a pas réussi à décoller car les personnes n’avaient pas assez confiance dans sa réussite, soit l’idée n’a pu s’appuyer sur des capacités technologiques suffisamment développées ou sur une expérience utilisateur suffisamment élaborée. Aujourd’hui, alors que la loi de Moore réduit le potentiel de différenciation par la technologie, l’expérience et donc le design prennent une place centrale dans la stratégie menée les entreprises. Le design se révèle comme une réponse au changement exponentiel défini par la Loi de Moore.

 John Maeda évoque le lien entre design et leadership à la conférence USI 2017

Les “start-ups” ont aussi de quoi envier les “end-ups”

Le deuxième point clé à retenir est que, contrairement aux idées dans l’air du temps, les grandes organisations ou “end-ups” ne sont pas à déconsidérer par rapport aux “start-ups”, certes plus agiles. Ayant fait l’essentiel de sa carrière dans les “end-ups”, John Maeda a pu en observer les faiblesses mais aussi les forces qui en font des organisations toujours présentes et puissantes. Car comme a pu l’observer un récent prix Nobel de physique, les organisations suivent le même schéma que les molécules : “plus elles sont grandes, plus elles peuvent avoir un impact sur leur écosystème, à condition d’avoir une structure orientée vers l’extérieur”. Si les start-ups ont l’avantage d’être agile et d’avoir très peu à perdre, les “end-ups” ont comme forces majeurs d’être stables, d’être structurées de l’intérieur et de posséder suffisamment de moyens pour entreprendre des mouvements impactants. Car se préserver du chaos d’un environnement start-up est aussi une condition essentielle de l’efficacité d’une organisation. Comme le résume très bien John Maeda, “quel est finalement l’objectif de toute start-up si ce n’est grossir et devenir une “end-up”?”.

Voir le talk complet de John Maeda à la conférence USI 2017

 

Le design est une question d’inclusion et non d’esthétique

Le troisième point clé à retenir pour John Maeda est la différence fondamentale entre la notion de design et la notion d’esthétique et d’art. Là où l’art questionne, le design donne des réponses. L’art est une énigme, quelque chose de mystérieux quand le design est concret et apporte la solution. Pour John Maeda, le design peut ainsi se concevoir à partir du moment où il combine deux caractéristiques : une forme et un contenu.

Là où l’art questionne, le design donne des réponses.

Si l’on prend l’exemple de la typographie « comic sans » communément moquée pour le caractère générique de son design, le regard qu’on lui porte change lorsqu’on en observe les caractéristiques. La forme, tout d’abord, donne l’impression d’être écrite par la main ce qui la rend plus humaine, plus vivante mais inadaptée à certains contextes. Ainsi cette typographie insufflera t-elle une sensation de danger quand appliquée à une boîte de médicament alors qu’elle rendra à l’inverse plus vivants des personnage de bandes dessinées. La conclusion qui s’en dégage est qu’un bon design est une forme qui a trouvé son contenu et donc son contexte. A ce titre, le design joue un rôle fondamental pour faire croître le marché d’un produit à travers une plus grande inclusion.

Si l’augmentation des ventes de voitures après guerre aux USA coïncide en partie avec la mise en place d’une législation favorable au développement des autoroutes (le Federal Highway Act de 1952), le marché n’aurait pu se développer sans l’intervention de designers à même d’adapter l’expérience du voyage longue distance à une famille. De la même manière, si envoyer un email était une expérience fastidieuse dans les années 80, la croissance de la fréquence d’usage avec l’émergence du mobile dans les années 2000 n’aurait pas pu être possible sans optimisation de l’expérience utilisateur, à moins que des millions d’utilisateurs acceptent d’endurer un point de douleur à haute fréquence. Réduire ces points de douleur, accroître le confort de transport à travers le design est le moyen le plus efficace d’élargir une base d’utilisateurs novices pour qu’ils adoptent l’usage du produit. C’est à ce titre que le design peut être défini comme hautement inclusif.


 

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