« Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est déjà partout à l’oeuvre, mais nous ne la voyons pas encore, car nous l’assimilons aux systèmes et schémas actuels ». Pour Kevin Kelly, co-fondateur et executive editor de Wired depuis 1992, la combinaison des nouvelles technologies avec l’intelligence humaine est pourtant le moteur de douze tendances ‘inévitables.

Loin des discours pessimistes, il s’agit pour lui de s’en saisir pour profiter des opportunités immenses qui s’offrent à nous en termes de connaissance, d’expérience et d’infrastructure. S’il est difficile de prendre du recul pour le moment, les personnes qui se retourneront dans 50 ans diront peut-être que 2017 est l’année où tout a démarré. Pour l’USI, Kevin Kelly nous dévoile trois des douze tendances à l’oeuvre pour les 30 prochaines années, tirées de son indispensable ouvrage The Inevitable.

 

Cognifying : l’IA comme nouvelle commodité

Pour Kevin Kelly, l’Homme ne sait rien sur l’intelligence, qu’il conçoit comme bidimensionnelle et pense pouvoir hiérarchiser du plus petit animal à la super-intelligence selon un niveau de développement linéaire. L’esprit est pourtant selon lui composé de plusieurs dimensions qui s’entrechoquent et varient selon les espèces, et dont la constitution se rapproche beaucoup plus d’une « symphonie de musique » : « les animaux ont un portfolio de compétences plus réduit que l’homme mais certaines de ces compétences sont beaucoup plus développées : les écureuils sont capables de différencier 10 000 sortes de noix, quand l’homme ne pourra se rappeler que de quelques unes ». La force de l’intelligence artificielle est de pouvoir combiner, concevoir et porter ces différentes dimensions au-delà de ce que la science peut imaginer.

Concernant la mémoire, Google Search s’avère déjà plus avancé que l’Homme, car le moteur de recherche sait enregistrer et reconnaître l’ensemble des mots composants les 16 milliards du Web. Si la machine est déjà capable d’égaler l’intelligence humaine sur certaines de ses facultés (le calcul, la reconnaissance visuelle…), elle sera demain à même de le dépasser en  combinant les compétences humaines (le langage, la conscience spatiale, l’intelligence émotionnelle…) et les compétences artificielles. Là où la conduite humaine génère un million de morts par an, les voitures connectées promettent de réduire ce risque à (presque) zéro, car « les ordinateurs qui seront dans ces voitures n’auront pas de conscience comme les hommes, et il est clair pour tous que la conscience humaine favorise la distraction ». De fait, la force de l’intelligence artificielle tient à son potentiel en tant que commodité qui pourra bientôt être disponible à la demande depuis n’importe quel dispositif. À la manière de l’électricité qui, à partir des années 20, a permis d’automatiser la force mécanique, l’intelligence artificielle permettra demain de “cognifier” les systèmes actuels. Contrairement aux croyances communes, l’intelligence artificielle sera source d’empathie, les écrans réagissant et répondant à notre sourire, à nos gestes et à notre humeur. Celle-ci n’aura pas pour autant vocation à remplacer l’homme totalement mais uniquement à l’appuyer sur les tâches ayant trait à l’efficacité ou à la productivité, ou encore à la créativité et à la recherche.

 Kevin Kelly à la conférence USI 2017

Interacting : l’ultime étape de la chaîne de valeur

Conseiller de Steven Spielberg pour Minority Report, Kevin Kelly a très tôt anticipé à quel point les nouvelles technologies permettront de démultiplier nos facultés d’interactions, en détectant nos émotions et intentions à travers nos gestes et visage. Pour lui, « notre corps sera notre propre mot de passe » et permettra de communiquer beaucoup plus aisément avec notre environnement. À ce titre, la réalité virtuelle et la réalité mixte occuperont une place toute particulière dans notre espace-temps en favorisant différentes manières d’interagir. La réalité mixte (ou augmentée) insère ainsi une part de virtuel dans l’univers réel quand la réalité virtuelle propose une expérience totalement immersive. Dans un monde où les écrans sont omniprésents, la réalité mixte multiplie ainsi la présence des écrans avec lesquels interagir, quand la réalité virtuelle nous fait carrément intégrer l’écran pour interagir avec des avatars. Considérée par Kevin Kelly comme la nouvelle plateforme à venir après le smartphone, la VR offre une infrastructure unique pour développer l’étape ultime de la chaîne de valeur : l’expérience autour d’un produit ou d’un service, qui ouvre tout un nouveau champs d’économie.  Citation de Kevin Kelly

Sharing : la data comme socle de la nouvelle économie

Si la plupart des gens associent l’économie du partage aux acteurs tels que Uber, peu d’entre eux l’associent à ce qui peut-être considéré comme le « nouveau pétrole » : le partage de la data. La data est pourtant au coeur d’une nouvelle économie qui rebat les cartes. Quand Ford pèse 44 milliards de dollars en bourse avec plus de 100 millions de véhicules en circulation, Tesla avec seulement 200 000 véhicules sur les routes pèse plus de 51 milliards de dollars. La différence majeure entre les deux est que Ford ne possède aucune data sur ses voitures alors que Tesla peut analyser plus de 1 300 000 miles parcourus. Le partage et l’exploitation de cette data constituent ainsi le socle d’une nouvelle infrastructure, car si l’innovation est le véritable moteur de l’économie, celle-ci n’a aucune valeur tant qu’elle n’est pas adoptée par un large réseau et les communautés associées. À l’image de Facebook et de ses 2 milliards d’utilisateurs, des opportunités business vont à coup sûr émerger au croisement des différentes technologies. Et Kevin Kelly de conclure, avec son enthousiasme habituel : « Nous sommes à une époque fabuleuse, et les choses les plus importantes n’ont pas encore été inventées. You are not too late ! » Rassurant et terriblement stimulant !

 

 

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