Pour clôturer la première journée de conférences USI 2018, Mae Jemison, première femme africaine-américaine à avoir voyagé dans l’espace, nous emmène à sa suite dans un voyage intergalactique. Et si, en regardant le ciel, c’était notre planète et notre humanité que nous pouvions retrouver ?

« Your biggest challenges are usually inside of you »

En tant que femme africaine américaine, née à Chicago dans les années 1950, Mae Jemison n’a pas toutes les chances de son côté à la naissance. Pourtant, si la situation est loin d’être rose, les possibilités semblent infinies. Les mouvements de défense des droits civils se multiplient, l’Afrique met fin à la ségrégation, l’Europe commence à se retirer des pays colonisés, des records de vitesse sont battus… Dans ce contexte, malgré les tensions raciales encore présentes, les parents de Mae Jemison la poussent à poursuivre son rêve : devenir astronaute pour aller dans l’espace.

Pour Mae Jemison, le futur n’est pas une question de chance ou de destin – il se construit : « It’s what we do that makes the future ». Ou, pour citer Will et Ariel Durant, « The future never just happen. It was created ». Pour cette astronaute-scientifique, c’est toute la beauté d’une entreprise aussi ambitieuse que la conquête de l’espace. Elle nous pousse à déployer des trésors d’ingéniosité pour dépasser les limites physiques, pour aller toujours plus loin.

« Pursuing an extraordinary tomorrow pushes us to embellish today. »

Mae Jemison lors de sa conférence à USI 2018

La conquête de l’espace interstellaire

Et si nous continuions la conquête de l’espace ? Par simple utilité (nous avons tous besoin de satellites pour vérifier la météo, regarder un film en VOD, …) ou par ambition scientifique. Certes, l’exploration de Mars est toujours en cours, mais est-ce suffisamment ambitieux ?

Pour Mae Jemison, nous devons viser plus loin : un voyage interstellaire. Visons par exemple Alpha Centauri, la première étoile en dehors de notre système solaire. Elle se situe à 25 billions (millions de millions) de miles de notre planète. Aujourd’hui, les engins spatiaux se déplaçant à une vitesse moyenne de 35000 miles à l’heure, il est impossible d’atteindre Alpha Centauri. C’est toute la différence entre une orbite proche de la Terre, et un vol interstellaire. « Space exploration must be different to get to another start system. » Nous devons donc changer fondamentalement la manière dont nous opérons.

Pour atteindre une destination comme celle d’Alpha Centauri, nous devons créer un engin spatial capable d’aller plus vite et plus loin, et surtout d’être autonome. Et pour cela, nous avons besoin de connecter toutes les disciplines ensemble, et de prendre un certain nombre de décisions pour mener à bien la mission.

Des choix pour la mission… ou pour la planète ?

Pour mener à bien cette mission interstellaire, de nombreuses décisions doivent être prises, dans des domaines aussi variés que l’alimentation ou la santé. Dans le domaine de la santé, privilégions-nous le remplacement d’organes par impression 3D ou le rajeunissement in situ ? En termes d’habillement, optons-nous pour du coton, agréable à porter mais nécessitant des ressources importantes et difficilement recyclable à court terme, ou des matières plus recyclables telles que le polyester ? Pendant le voyage (qui durera tout de même un certain temps), choisissons-nous d’hiberner ou de rester éveillé (tout en vieillissant donc) ? Imposons-nous un régime végétarien ou autorisons-nous la viande, plus consommatrice en ressources de nouveau ? Qu’en est-il du café, du chocolat, de l’alcool ? Et lorsque la mission parviendra enfin à son objectif, laissons-nous le soin aux individus de choisir leur activité sur place en fonction de leurs envies ? Imposons-nous un rôle prédéfini ou identifié par tests prédictifs d’aptitudes ?

La projection intellectuelle de Mae Jemison est en fait une excuse pour s’interroger sur notre planète :  « the challenges of human interstellar travel mirror the challenges that we face in the world today ». Si nous sommes capable de prendre position pour un hypothétique voyage interstellaire, ne pouvons-nous pas appliquer ces opinions à notre planète ? Pour Mae Jemison, il est indispensable de réfléchir à notre gouvernance, à notre éducation, à nos choix.

Devant une audience captivée, Mae Jemison termine sa conférence par la citation d’Helen Keller : « Science has found no remedy for the worst (evil) of them all – apathy of human beings ». Pourtant, nous avons tout ce qu’il faut pour résoudre les problèmes de faim dans le monde ou de réchauffement climatique. Nous devons juste faire en sorte d’impliquer chaque être humain, de lui rappeler que nous sommes tous « earthlings ».

Citation de Mae Jemison sur la volonté et le voyage interstellaire à la conférence USI 2018

 

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