La perspective de voir des robots s’occuper de personnes, intervenir dans des situations d’urgence, ou livrer des colis, fascine autant qu’elle peut faire peur. Mais ce sont bien les hommes qui en détermineront les applications, et beaucoup de travail reste à faire pour rendre le robot aussi agile que nous, les animaux. C’est ce qu’a expliqué le fondateur de Boston Dynamics, Marc Raibert, lors de son intervention à l’USI 2018, tout en offrant aux 2000 personnes venues pour l’écouter une démonstration spectaculaire de SpotMini.

Fondée en 1992 au sein du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), Boston Dynamics a, depuis, accompli bien des exploits d’ingénierie pour concevoir des générations de robots ultra-dynamiques. « Notre ambition est de construire des robots qui disposent des mêmes fonctions que les animaux et les hommes en termes de dextérité, d’agilité, de réactivité et de perception. Ils n’ont pas besoin de leur ressembler mais nous voulons qu’ils soient aussi coordonnés et dynamiques », a d’abord livré Marc Raibert au public de l’USI 2018 lors de sa conférence.

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Inspiration biologique, solution d’ingénierie

Pour résumer, le travail de ses équipes consiste à s’inspirer et non à reproduire. Des boucs évoluant sur des flancs de montagne accidentés, des chiens courant rapidement et capables de surmonter nombre d’obstacles, des hommes portant un verre en équilibre tout en marchant, autant de gestes que les animaux accomplissent sans même y réfléchir grâce à leur métabolisme et à leur cerveau, que Marc Raibert et ses collaborateurs souhaitent que les robots apprennent et puissent faire en situation.

Ensuite, il faut :

« beaucoup d’équations et des personnes acharnées qui ne voient jamais le jour. Même si nous nous appuyons aussi sur des modèles simples pour construire peu à peu les briques de systèmes et d’architecture complexes, comme l’œuf qui roule ou la composition séquentielle », a rappelé le président fondateur de Boston Dynamics.

Et bien sûr, pour que les réactions d’un robot soient adaptées à chaque environnement, il faut beaucoup tester. « Nous ne maltraitons pas nos robots mais nous les mettons face à des difficultés qui peuvent survenir au quotidien. On aide les robots à comprendre quelles sont leurs lacunes, a assuré Raibert. L’idée est qu’ils assimilent les compétences nécessaires pour que l’IA ne se soucie pas de détails liés aux mouvements et aux repères dans l’espace par exemple et puisse se concentrer sur des problématiques plus centrales. Ainsi, avec un niveau de robotique plus autonome, ces deux volets pourront interagir plus efficacement ».

SpotMini ou Handle, des modèles déjà très habiles

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Résultat les progrès effectués par les robots de Boston Dynamics sont impressionnants. Il y a dix ans, Big Dog pouvait déjà courir dans la neige et jusqu’à 20 miles par heure. Puis vint Spot, un robot hydraulique pesant 80 kilos. « Avec lui, nous avons testé la livraison à domicile en sachant qu’à Boston, il y a des accès très différents. Et Spot, après plusieurs tests initiaux, a réussi à livrer dans 80% des cas », raconte Marc Raibert. « Et aujourd’hui, nous avons SpotMini », a-t-il ajouté, avant de faire la démonstration de ses capacités en direct. Toujours avec la forme d’un chien et doté d’un bras et de plusieurs caméras, ce robot fait preuve d’une agilité très poussée. Pesant autant qu’un labrador, il peut accélérer ses pas, éviter des obstacles, prendre un objet et le maintenir en équilibre tout en se déplaçant, et effectuer des gestes rotatifs, le tout avec fluidité.

En découvrant Spot en action, le public a donc pu s’apercevoir du champ des possibles ouvert par la dynamique des mouvements, incarnée par cette nouvelle génération de robots. Puis, c’est en images que Marc Raibert a présenté deux autres robots auxquels travaille Boston Dynamics, à savoir un robot humanoïde, ainsi qu’un robot monté sur roues, Handle. Pour le premier, les ingénieurs ont pu compter sur l’impression 3D.

Une technologie qui leur a permis d’alléger considérablement le corps de l’humanoïde et donc ses capacités de mouvement, tout en intégrant derrière la « carcasse », un « système hydraulique avec des vérins, des pompes et des tuyaux».

« Nous lui avons fait faire des expériences de manipulation du corps entier. Pour récupérer des colis sur une ligne d’assemblage par exemple et les entreposer. On lui a aussi fait travailler la course à pied, ainsi que plusieurs tâches de coordination dynamique, comme des sauts périlleux » a poursuivi le fondateur passionné de robotique. Quant à Handle, c’est l’un des derniers projets de l’entreprise. Doté de roues et capable d’une grande agilité de déplacement, les applications pour lequel il a été imaginé seront rendues publiques d’ici un an, a révélé Marc Raibert.

Des robots, pour faire quoi ?

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C’est d’ailleurs la question qui se pose à tous : des robots mais pour quoi faire ? Pour Marc Raibert, la réponse n’est pas figée : « à court terme, nous pouvons imaginer des applications de divertissement, dans les parcs d’attraction par exemple. Et les robots peuvent être d’une grande utilité dans des situations d’urgence. Comme à Fukushima, pour nettoyer et extraire des pièces sans exposer aucun homme aux risques de radioactivité ».

À plus long terme, le PDG imagine des robots capables d’assurer les livraisons ou de les préparer pour décharger les hommes de tâches pénibles. « Mais le vrai potentiel arrivera après : pour la construction immobilière par exemple ou, objectif ultime, pour aider les personnes âgées ou handicapées au quotidien », a énuméré Marc Raibert, tout en soulignant qu’aujourd’hui « on n’y était pas encore ».

Et à la question posée par un participant sur la possibilité d’utiliser des robots pour faire la guerre, Marc Raibert répond :

« comme toutes les technologies, les robots peuvent être utilisés dans de nombreux domaines. Mais c’est à nous d’en choisir les applications. Il n’y a en revanche aucune raison d’avoir peur du robot en lui-même. Le vrai défi c’est de faire en sorte que le robot soit excellent dans ce qu’on lui demande de faire. Les robots pour l’heure ne savent pas tout faire comme nous ».

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