Qu’est-ce que l’innovation ? Et comment innover sans tomber dans le gadget ou la « fake innovation » ? David Rowan, ancien rédacteur en chef de l’édition anglaise du magazine WIRED, ouvre cette 12e édition de la conférence USI avec un thème qui nous concerne tous. Fort de 18 mois de recherche autour du monde à la rencontre des leaders les plus inspirants et des startups les plus innovantes, David nous partage ses enseignements sur l’innovation, la vraie, et comment la répliquer dans son organisation.

Une Intelligence Artificielle qui anime un tableau, un avion qui décolle à la verticale, des drones capables de livrer de la nourriture dans les coins les plus isolés d’Afrique, des boutiques Amazon sans caisse de paiement… L’innovation nous touche tous et dans tous les domaines. Un culte mystique auquel toutes les entreprises tentent de se frotter. Pourtant, lorsque l’on voit certaines des innovations à l’utilité douteuse exposées au fameux CES de Las Vegas, on peut se demander si la course à l’idée à un milliard de dollar n’aurait pas dévoyé une bonne partie des innovateurs en herbe du monde entier.

48229390432_b8cf6508f4_k

 

Les contre-exemples : les « fake-innovations » à éviter

Quel est le point commun entre les innovations qui ont réellement fonctionné ? Pour David Rowan, toutes apportent une valeur au monde, répondent à un vrai besoin. À l’opposé donc de ces « fake-innovations » qui émaillent le CES (Consumer Electronics Show), le plus grand salon international grand public dédié à l’innovation technologique. Boxers réfléchissant les ondes, casier à œufs connecté alertant l’utilisateur de leur date de péremption, bac à litière pour chat auto-nettoyant, cuillère et fourchette attachées à son iPhone (les fameuses Sphoon – Phork)… Au CES, les exemples d’innovations inutiles sont légion.

À l’instar de ces gadgets inutiles, les grandes entreprises tentent elles aussi de se lancer dans la course à l’innovation de manière éparpillée. Nombreuses d’entre-elles pensent qu’embaucher un Directeur Innovation, lancer un concours d’idées ou créer un Lab en interne (à l’exemple du BizLab d’Airbus) est la clé pour innover. Mais sans changer fondamentalement de paradigme, quelle marge de manœuvre ont ces entreprises pour se réinventer ? À défaut d’une formule mathématique absolue, David Rowan a identifié dix approches à appliquer sans réserve pour faire entrer l’innovation dans son organisation.

 

3 approches clés pour réellement innover…

 

ROWAN_5_BD

  • Autonomiser et responsabiliser ses équipes

Le modèle hiérarchique a montré ses limites : la distance managériale limite la compréhension des besoins des utilisateurs finaux. Pour innover, une entreprise doit accepter de rendre le pouvoir de décision à ses collaborateurs. L’exemple de Supercell est inspirant. Dans cette startup finlandaise de jeux vidéos (à l’origine notamment de Clash of Clans), les équipes choisissent de créer (ou tuer) un projet sans que leur CEO ait son mot à dire.

  • Proposer un service plutôt qu’un produit seul

Les coûts de production n’ont jamais été aussi bas. Pour se différencier, l’innovation doit venir du service, et non plus du produit seul. Pour contrer la baisse de son chiffre d’affaire, la librairie Heywood Hill a proposé un service de curation personnalisée de livres qui l’a propulsé au rang de librairie la plus cotée de Londres. Sur le même modèle, en réponse aux start-up empiétant peu à peu sur leur marché, la banque finlandaise Op Bank a imaginé une assurance doublée de services de soin, permettant de proposer une couverture à la fois efficace et bon marché à ses clients.

  • Créer un écosystème

Avec 1,3 million d’habitants, l’Estonie était loin de peser sur la scène internationale. Mais c’était sans compter l’idée du génial Kaspar Korjus, créateur de l’e-Residency. Pour la modique somme de 100€ et sans même se déplacer, n’importe qui peut devenir résident estonien, créer une entreprise, bénéficier des services et des ressources du pays… Prochaine étape pour transformer ce petit pays en véritable plateforme : la création d’une crypto-monnaie, qui devrait booster les investissements extérieurs.

… et quelques unes supplémentaires

  • NonBullShitInnovation
  • Adresser des besoins non-satisfaits, comme le groupement d’entreprises Péruviennes “Intercop”, qui, face à l’inaction du gouvernement, a décidé de réinventer l’éduction à l’ère du digital afin de répondre à leur besoin de talents.
  • Créer une diversité cognitive parmi les équipes : faire travailler ensemble diverses spécialités pas forcément en lien les unes avec les autres.
  • Être agile : créer de petites équipes autonomes, à l’instar de l’équipe pirate “Rebel Alliance” embauchée par le Pentagone.
  • Exploiter les données des utilisateurs, comme l’a pu faire Qantas : grâce aux données collectées par son programme de fidélité, auquel 50% de la population nationale est affilié, la compagnie aérienne Australienne a pu créer des produits et services adaptés à ses clients bien au-delà de son domaine d’expertise (une assurance vie, un bar, …)

 

 

Mais encore, il faut identifier ses « angles morts », permettre les collisions, tenter de résoudre les maladies génétiques, plus largement adopter les nouvelles technologies, et probablement la plus importante de toutes les leçons : ne pas hésiter à exploiter les crises.

 

Ce n’est qu’en intégrant ces approches clés essentielles dans son fonctionnement que l’on pourra se détacher des nombreuses innovations inutiles qui pullulent le marché, et que l’on arrivera, de façon claire et limpide, à suivre la voie de la « non-bullshit innovation ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *