De quoi une entreprise est-elle responsable ? Aujourd’hui, 70 % des PDG du CAC 40 et des grandes entreprises françaises ont une prise de parole engageante en matière de responsabilité sociétale et environnementale. Simple effet d’annonce ? Pour Laurence Morvan, Chief Corporate Social Responsibility d’Accenture, il n’y a pas de doute : un nouveau cycle commence. Et avec lui, un nouvel agenda stratégique pour les entreprises. 

De la philanthropie à l’engagement ciblé

Comment définir la responsabilité d’une entreprise ? “Une entreprise est responsable d’innover pour répondre à de nouveaux enjeux, qu’ils soient sociétaux, environnementaux, etc. Et ce pour une croissance plus résiliente sur le long terme, plus inclusive et dont les bénéfices sont partagés entre toutes les parties prenantes de l’entreprise.” précise Laurence Morvan, avant d’ajouter : “Tout ceci à un moment où la technologie nous offre des nouvelles opportunités mais fait aussi émerger des nouveaux risques…”

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) n’est pas une nouveauté. Mais alors que l’engagement tenait historiquement plus de la philanthropie (budgets alloués à des fondations, à du mécénat de compétences, etc.), les entreprises s’engagent aujourd’hui sur des cibles et des critères plus concrètes en matière de bonnes pratiques, d’éthique et de gouvernance (les critères « ESG » pour Environnementaux Sociaux et de Gouvernance).

Laurence Morvan sur la scène de la conférence USI évoque la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises et la vague des RSE

Deux principaux vecteurs du changement

Qu’est-ce qui a qui poussé les entreprises à changer de posture ? Deux évolutions concomitantes :

  1. Les consommateurs et autres parties prenantes des entreprises – Les nombreux scandales industriels ou alimentaires de ces dernières années ont fait de nous des consommateurs plus avertis ! Les autres parties prenantes ayant un lien avec l’entreprise portent également une attention accrue pour valoriser les initiatives et les engagements, et ce que ce soit les investisseurs ou les employés – notamment les nouvelles générations, qui cherchent désormais une adéquation entre leur emploi et leurs valeurs.
  1. Les nouvelles technologies. Par leurs nombreuses potentialités, elles poussent les entreprises à se les approprier. Mais leur accélération exponentielle crée aussi des nouveaux risques : sur la gouvernance, la transformation du travail, l’automatisation, l’utilisation de l’IA et ses biais potentiels, etc.

Pour Laurence Morvan, l’enjeu est de comprendre le degré de maturité de chaque technologie, et d’inclure à la fois des perspectives et des garde-fous.

“La technologie est neutre, c’est aux entreprises de prendre en compte l’anticipation de ces risques. Il va d’ailleurs falloir parler d’ESG + T, le T étant la Technologie”.

Voir la vidéo de la conférence de Laurence Morvan à USI 2019

Une responsabilité au-delà des fonctions RSE

Adoptée en avril 2019, la loi PACTE demande aux entreprises de définir plus précisément leur “raison d’être”. “Une première étape absolument nécessaire” selon Laurence Morvan, qui permet notamment aux comités de direction de s’interroger concrètement sur leurs objectifs et leurs engagements.

Mais ces “raisons d’être” sont encore très inspirationnelles et ne correspondent pas forcément au travail au jour le jour. Créer le lien avec ce dernier est indispensable, et surtout fructueux : 48 % des entreprises qui ont la plus forte croissance ont mis cette “raison d’être” au profit “d’innovations qui ont du sens, c’est-à-dire un impact social et/ou environnemental positif ”, et de produits et services en adéquation avec leurs valeurs.

“C’est le cas notamment d’une entreprise comme Engie qui, sous l’impulsion d’Isabelle Kocher, s’est vouée à devenir un leader de la transition énergétique. Cela se traduit dans toute la stratégie de l’entreprise : les investissements dans le renouvelable, l’organisation en business units, etc. C’est un effort massif”.

Le soutien du PDG est d’ailleurs indispensable à cette transformation, qui touche toutes les strates de l’entreprise. “Le rôle des fonctions RSE est de fixer des objectifs, des cibles, de mesurer les progrès, d’aligner tout le monde derrière des programmes cohérents. Mais c’est au cœur même des fonctions business (R&D, logistique, production…) qu’il faut mettre la responsabilité ESG”. Un agenda si stratégique que plus de 50 % des cadres dirigeants à travers le monde qu’Accenture a interrogé pensent qu’il doit être piloté directement par les PDG.

La technologie n’est pas qu’une affaire de technologues

Pour cela, il faut se libérer du mythe selon lequel la technologie serait réservée aux fonctions IT. Les réalisations de demain ont besoin de pluridisciplinarité : “La VR par exemple fait appel à la neuroscience, la science du comportement, la créativité…” rappelle Laurence Morvan. La formation des collaborateurs pour assurer leur employabilité, est un autre exemple d’ouverture indispensable. “Mais alerte ! Seules 38 % des entreprises françaises déclarent donner priorité au développement des compétences pour stimuler l’employabilité, et à peine 4 % s’engagent clairement à augmenter les budgets concernant la formation aux nouvelles technologies dans les 3 années à venir.” Un aspect négligé ?

Une transformation rentable

Un autre mythe mérite d’être déconstruit : l’investissement RSE serait trop onéreux pour valoir le « coût ». Faux !  “Nous avons étudié des séries historiques sur 5 ans : les entreprises qui ont les meilleurs résultats en matière d’ESG sont également celles qui ont les meilleurs résultats en termes de critères financiers (croissance, marge, retour sur investissement)”. Pourquoi ? Laurence Morvan y voit d’abord le flair de certaines entreprises, qui ont saisi plus tôt que d’autres l’importance de ces tendances. Ou tout simplement aussi parce que les pratiques ESG sont, par essence, des bonnes pratiques de gestion d’entreprise.

Il est intéressant pour terminer de constater que ces entreprises reposent sur des pratiques culturelles communes comme la transparence (sur l’utilisation des données par exemple), la collaboration (systèmes ouverts) ou encore l’anticipation (comme la mise en place de comités d’éthique), etc.

“Ma conviction est que tous ces traits culturels doivent s’incarner dans l’entreprise. Et la meilleure façon de le faire, est de les mettre dans les objectifs des dirigeants.”

A bon entendeur !

Ecouter la conférence en podcast :

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