USI 2018 a ouvert ce matin ses portes aux 1800 participants avec de nombreuses promesses annoncées par notre Curateur François Hisquin : des talks sur les nouvelles technologies mais pas que ! USI s’oriente vers des conférences qui nous permettent de prendre plus de recul sur la société avec le prisme de la technologie : médecine, environnement, génétique ou encore économie. Et ce tournant est pris dès la keynote d’ouverture sur le sujet de l’éducation avec Sir Ken Robinson.

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Première grand conférencier de l’USI 2018, Sir Ken Robinson aborde un sujet essentiel : la manière dont nous éduquons nos enfants. En effet, notre société a déjà fait l’expérience de différentes révolutions industrielles, politiques et culturelles – et les conséquences se font toujours sentir à l’heure actuelle. Mais la plus importante de ces révolutions est en train de se dérouler en ce moment même, combinant technologie et une croissance massive de la population mondiale, et son impact est phénoménal. En prenant en compte cette réalité, nos sociétés se doivent de réinventer l’éducation et transformer leurs politiques et leurs institutions, si elles veulent y faire face.

Les limites de notre éducation

Le système éducatif tel que nous le connaissons est extrêmement limité. Sir Ken Robinson l’a appris à ses dépens dès sa tendre enfance, dans le Liverpool des années 1960. Alors qu’il devait choisir entre suivre des cours d’art et d’allemand, dont les créneaux n’étaient – apparemment – pas compatibles, l’un de ses professeurs lui conseille de choisir l’allemand sous prétexte que « c’est plus utile. ».

Déjà à l’époque, on fait la distinction entre les « matières utiles » (mathématiques, sciences physiques, langues étrangères…) et « matières inutiles », intéressantes mais qui ne mènent pas forcément à un métier. Étrangement, ce sont justement ces manières “inutiles” qui favorisent la créativité de nos enfants, l’un des volets les plus importants de l’intelligence.

L’apprentissage, l’éducation et l’école sont trois concepts très différents. Tous les enfants adorent apprendre, ils n’aiment pas toujours l’éducation et certains ont de réels problèmes à l’école. Pourtant, l’apprentissage est naturel et intrinsèque pour la grande majorité d’entre nous : les enfants apprennent à parler juste en observant et en imitant leurs parents. Leur curiosité leur ouvre les portes du monde, et ils accueillent ce qu’ils découvrent avec un émerveillement non dissimulé. « Every child is a unique moment in human history ». L’éducation, au contraire, est un processus d’apprentissage plus intentionnel. Nous éduquons nos enfants parce que nous pensons qu’ils doivent connaître certaines choses, ou parce que nous considérons qu’il est trop difficile pour eux de les apprendre par eux-mêmes, par la simple observation ( les calculs mathématiques, par exemple).

 

« Learning is the most natural process »

L’éducation repose sur quatre raisons principales :

  • Économique : nous devons préparer nos enfants à leur entrée sur le marché du travail
  • Sociale : pour les aider à comprendre le système social dans lequel ils se trouvent
  • Culturelle : éduquer ses enfants est la “bonne chose à faire”
  • Personnelle : si nous souhaitons que nos enfants réussissent mieux que nous

Le système éducatif n’est pas conçu pour développer des individus, mais pour remplir ces quatre missions. Et par soucis d’efficacité, il prône donc une standardisation de l’apprentissage, ainsi que la mise en place d’une compétition entre les élèves. Le résultat, c’est que les systèmes éducatifs du monde entier partagent les mêmes principes erronés : ils sont basés sur la conformité, la docilité et la linéarité de l’apprentissage. Et ce système atteint – forcément – ses limites. Alors même qu’elle est conçue pour préparer la future population active, l’éducation ne parvient pas à répondre à la demande évolutive du marché. Dans certains pays d’Europe, le taux de chômage des jeunes dépasse même les 50%.

 

Les principes d’un nouveau système

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Pour Sir Robinson, un système éducatif effectif et pleinement satisfaisant devrait refléter la diversité et la créativité des êtres humains. En effet, nous sommes tous complètement différents les uns des autres. Chaque enfant est un mélange unique de talents, de prédispositions, d’intérêts et de capacités. À la place d’une éducation linéaire basée sur la conformité, nous devons concevoir une éducation organique favorisant la créativité et la diversité.

Cette éducation devra être fondée sur des principes de collaboration : « Education is not a monologue, it’s a conversation ». La collaboration va devenir indispensable si nous voulons résoudre certains des plus grands problèmes de notre monde actuel. Et l’éducation doit être plus personnalisée : elle doit proposer des activités basées sur les intérêts personnels. Elle doit favoriser la créativité plutôt que la rationalité. Plus largement, l’éducation doit permettre à chaque enfant de se développer et de s’épanouir. Mais c’est possible, parce que, comme le rappelle Robinson : « All the great teachers are students, all the students are teachers. ».

 

Notre principale ressource

Le talent humain est très varié, mais c’est notre plus grande ressource. Au lieu de nous demander à quel point nous sommes intelligents ou créatifs, les vraies questions devraient être :

  1. Quelle est la portée de mon intelligence ?
  2. Dans quels domaines suis-je vraiment créatif ?

En d’autres termes, la question n’est plus « how creative are you ? » Mais plutôt « how are you creative ? ». Après tout, nous partageons habituellement une vision étroite et étriquée de l’intelligence, uniquement valorisée par son aspect académique. La créativité est aussi importante, si ce n’est plus. Sans cette créativité, il n’y aurait jamais eu d’invention, aucune d’ingénierie, pas d’architecture, et, si l’on creuse un peu au niveau des relations sociales, pas d’amour non plus.

 

En conclusion de son talk, Sir Ken Robinson nous exhorte à briser l’ancien système éducatif, et à réinventer la façon dont nous éduquons nos enfants. Cela afin de nous adapter à la révolution digitale en cours. Ce nouveau système éducatif devra tirer le meilleur parti de nos talents – quels qu’ils soient. Et même s’il ne nous permettra probablement pas de prédire l’avenir, il devra nous aider à le préparer le mieux possible.

 

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