Procrastinateur chronique depuis ses années à l’université, Tim Urban présente une vision originale de ce phénomène qui l’a longtemps empêché d’avancer dans sa vie professionnelle. Avec beaucoup d’humour et de clairvoyance, le créateur de l’incontournable blog Wait But Why nous emmène faire un tour à l’intérieur de son cerveau. Hilarant et passionnant !

C’est avec son célèbre post sur l’intelligence artificielle que Tim Urban a réussi à lancer son blog Wait But Why. Depuis, il a publié des dizaines d’articles (tous très longs), affublés de dessins comiques. Ces derniers ne manquent pas à l’appel quand il nous parle du cerveau des procrastinateurs, avec trois caractères délirants : le Rational Decision-Maker (le décideur rationnel), l’Instant Gratification Monkey (le singe de la gratification immédiate), et le Panic Monster (monstre de la panique). Petit flashback : cette série de dessin a été inspirée par ses années (de procrastination) à l’université. Pendant 4 ans, Urban a répété le même schéma à chaque rapport qu’il devait rendre, jusqu’à sa thèse de 90 pages de fin de Bachelor. Il s’y mettait au dernier moment et réalisait son devoir dans l’urgence, plein de remords pour la période de procrastination écoulée, mais en recommençant à la prochaine épreuve. Pourquoi ce schéma se répète-t-il toujours chez les procrastinateurs ?

Représentation du cerveau d'un procrastinateur, imaginé par Tim Urban à la conférence USI

 

Pourquoi procrastine-t-on ?

Dans le cerveau d’un non-procrastinateur, le « décideur rationnel » est aux commandes. C’est lui qui choisit ce qu’il convient de faire à un moment précis :  se mettre au travail s’il le faut, ou se détendre lorsque c’est adapté (en général, après avoir travaillé). Chez un procrastinateur, le Décideur Rationnel se fait supplanter par le Singe de la Gratification Immédiate, qui se moque des urgences et ne souhaite qu’une chose : faire que ce qui est simple et agréable, peu importe les obligations. C’est lui qui nous amène dans le Dark Playground (le terrain de jeu obscure) – alors même que nous devrions travailler – générant peur, stress et remords. Heureusement, tous les procrastinateurs ont un ange gardien qui vient les sauver à l’heure la plus sombre : le Monstre de la Panique, le seul à faire peur au singe pour permettre au Décideur Rationnel de reprendre les commandes. S’ensuit une période de travail intense et stressante au “dernier moment”.


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La procrastination ne s’exprime pas de manière aussi extrême chez tout le monde. Selon Urban, nous sommes (presque) tous des procrastinateurs cachés : nous n’agissons que lorsqu’une échéance précise est fixée. Les procrastinateurs cachés ne rencontrent jamais le Monstre de la Panique, mais agissent par peur de ce dernier.

Citation de Tim Urban sur le procrastinateur à USI 2017

La gestion des priorités pour un procrastinateur

Lors de la publication de ses dessins, Urban a été assailli de commentaires et de messages de personnes se retrouvant dans la même situation. Leur point commun ? Un profond désespoir et le sentiment de passer à côté de sa vie. Mais puisque les échéances sont finalement tenues, d’où ce sentiment vient-il ?

Dans la vie d’un non-procrastinateur, la priorisation des tâches peut se réaliser simplement en mettant en œuvre la matrice d’Eisenhower : urgence versus importance.

Matrice d’Eisenhower pour gérer les priorités

Si les quadrants 1 et 2 sont les plus importants, le non-procrastinateur a conscience qu’il lui faut planifier les actions du quadrant 2 qui n’ont pas d’échéance à court-terme, afin de répondre à ses objectifs plus long-terme.

La même matrice se présente de manière complètement différente pour un procrastinateur :

Matrice d’Eisenhower appliquée au cerveau d'un procrastinateur

Un procrastinateur favorisera toujours le quadrant 4, et ne s’attaquera aux tâches des quadrants 1 et 3 que lorsque le Monstre de la Panique se manifestera. Le problème réside dans le quadrant 2 : le Monstre de la Panique n’y intervient jamais. Par conséquence, un procrastinateur ne traitera jamais ses tâches importantes et non-urgentes. Dans la vie professionnelle, il peut s’agir de travailler sur une innovation, de commencer une formation, de changer de carrière… Dans la vie personnelle, les tâches récurrentes telles que les courses ou le ménage prendront le pas sur les temps de qualité avec sa famille ou ses enfants, le temps consacré à son développement personnel ou au sport. Ne jamais entrer dans le quadrant 2 nous empêche d’avancer en direction de nos objectifs à long terme et de nos valeurs.

Raisonnement par analogie ou par principes premiers – la clé de l’originalité

C’est justement dans le quadrant 2 que se trouvent les questions qui nécessitent une réflexion plus poussée, des expérimentations et un raisonnement créatif. Les plus grands visionnaires de notre temps (Steve Jobs, Elon Musk pour ne citer qu’eux) consacrent leur énergie à ce quadrant 2, en appliquant un principe supplémentaire : raisonner non par analogie mais par principes premiers.

Urban l’affirme : « Elon Musk raisonne tout le temps par principes premiers ». Il s’agit de faire table rase des principes et connaissances inculqués (par exemple, pour les géologues du XVIIe siècle, la Terre existerait depuis 6000 ans selon la Bible) pour partir de ses propres observations (et en déduire l’âge réel de notre planète – plusieurs millions d’années). Ainsi, un chef testera de nouvelles combinaisons d’ingrédients pour inventer des recettes (raisonnement par principes premiers), alors qu’un cuisinier se contentera de copier une recette existante ou de l’adapter à la marge (analogie). Pour tous les procrastinateurs (plus ou moins assumés) que nous sommes : il est urgent de commencer dès à présent à adresser les sujets de notre quadrant 2 – à questionner nos propres hypothèses, à innover… Quelque chose qu’il faut faire dès que possible, pourquoi pas aujourd’hui ! Et de laisser la petit voix du procrastinateur conclure : « Enfin, peut-être pas aujourd’hui finalement…»

Citation de Tim Urban à la conférence


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